INTERVIEW
Ahmed Charni, entraineur du Haras Meddeb :
Bilan et réflexions sur un meeting exceptionnel

Ahmed Charni, plus connu sous le nom de H’mida, est un entraineur comblé. A la tête de l’effectif du Haras Meddeb, il a terminé le meeting 2009/2010, largement tête de liste à la fin juin avec 68 victoires, pour la plupart acquises dans des épreuves classiques. Et « cerise sur le gâteau », il a réussi un exploit retentissant en s’adjugeant les trois premières places du Grand Prix du Président de la République et du Grand Prix du 7 Novembre. Pareille consécration méritait qu’on aille à la rencontre de ce professionnel au talent incontestable. C’est tranquillement en fin de matinée à l’hippodrome de Kassar-Said, à l’ l’ombre d’un caroubier, que nous avons engagé cette interview.


M.Z. : Revenons tout d’abord sur cet exploit dans les deux « Grand Prix » de pur sang arabes et anglais. Vos élèves sont-ils bien meilleurs que les autres ou l’opposition était trop faible ?
A.C. : Le Haras Meddeb est depuis une vingtaine d’années le premier éleveur du pays, quantitativement et qualitativement. Le nombre est un facteur important en matière d’élevage, car il permet d’effectuer une sélection des meilleures souches. Je dispose donc d’un effectif important et de qualité. Le travail de l’entraineur est de déterminer la valeur de chaque produit pour le faire évoluer dans les meilleures conditions dans sa catégorie. C’est la clef de la réussite. Pour répondre à votre question, côté pur sang anglais, il n’y avait pas de réelle concurrence. Le Haras Meddeb a beaucoup investi dans l’achat de poulinières pleines d’étalons de renom. Les éleveurs de pur sang anglais n’ont pas suivi et l’écart s’est creusé. C’est ce qui explique l’hégémonie du Haras Meddeb. Côté pur sang arabes, j’ai eu la chance cette année de disposer de plusieurs sujets de qualité, acquis par le Haras Meddeb. Nous avons gagné la plupart des semi_classiques. Le meilleur de mes poulains Zed Errakeb, invaincu en quatre sorties, n’a pas pu malheureusement prendre part au Grand Prix pour des raisons de santé. Ses dauphins Zahek et Zayyek ont été battus (3éme et 4ème) dans l’épreuve préparatoire à trois semaines du grand rendez-vous. Ils avaient des problèmes osseux dus à leur croissance tardive et je n’avais pas voulu les forcer au travail. Ils ont été bien affûtés par la suite et présentés au top de leur forme pour le Grand Prix. Les jockeys ont suivis les ordres et bien accomplis leur tâche. C’est ainsi que ce formidable succès a été bâti et auquel je tiens à associer toute l’équipe de l’écurie. Il est vrai que l’opposition n’ a pas été aussi vivace que l’on croyait.

M.Z. : Les courses de pur sang anglais n’ont jamais été aussi dégarnies. Les éleveurs de cette race se font rares. Le futur de la catégorie semble menacé…
A.C. : L’élevage du pur sang anglais nécessite de gros moyens et une certaine technicité. C’est un animal délicat. Nous avons eu d’excellents nés et élevés qui rivalisaient avec les importés, comme Azur, Claudia, Isabelle, Italo ou Tadanka une fille de Kahyasi que j’ai eu le plaisir d’entrainé. Plusieurs éleveurs ont réduit leuar effectif ou se sont retirés de la scène. Depuis une dizaine d’années, les exportations massives vers la Libye ont largement contribué à cette réduction de l’effectif. J’espère que c’est un passage à vide et que des efforts vont être consentis pour étoffer l’effectif. Mr Hamdi Meddeb vient d’acheter à Deauville trois poulinières bien nées et pleines d’étalons de renom. Aux dernières nouvelles d’autres propriétaires ont acquis également des poulinières pleines, mais j’espère qu’ils ne vont pas succomber aux généreuses offres libyennes !

M.Z. : Le programme des courses pour importés semble contesté par de nombreux propriétaires et éleveurs. Votre avis sur la question ?
A.C. : L’introduction des courses pour « importés » est à mon avis une bonne chose. Elle a amélioré le spectacle et créé une dynamique avec l’arrivée de nouveaux propriétaires, notamment des libyens qui disposent désormais de casaques tunisiennes. Une course à 20 partants, le jour du Grand Prix, en est la meilleure illustration. Il est vrai que les chevaux importés ne sont pas d’une grande classe. Les allocations offertes ne sont pas non plus suffisamment attrayantes. Mais dans l’ensemble l’action est positive. Une bonne partie des chevaux importés, en particulier les femelles, va être recyclée dans l’élevage.

M.Z. : Parlons un peu du pur sang arabe. L’ouverture depuis une dizaine d’années du stud book et l’introduction des souches étrangères a modifié la donne. Qu’en pensez-vous ?
A.C. : L’ouverture du stud book aux souches étrangères était une nécessité. On ne peut pas vivre en vase clos. Ces souches étrangères, en particulier françaises, étaient contestées dans les années 80/90, mais elles ont finies par être reconnues et adoptées par l’ensemble des pays. Cette ouverture devrait nous permettre de rejoindre le peloton des pays qui se sont taillés une réputation dans les courses de pur sang arabe.

M.Z. : Y a-t-il eu une réelle amélioration de notre effectif ?
A.C. : A vrai dire non. Un bon cheval oriental, un Akermi ou un Halim, aurait rivalisé avec les meilleurs chevaux actuels.

M.Z. : Que pensez-vous de la nouvelle formule du Grand Prix pour les 4 ans ?
A.C. : Le Grand Prix, derby des 3 ans avait un certain charme, avec ses effets de surprise. Mais la nouvelle formule pour 4 ans a de nombreux avantages. Elle permet aux chevaux d’apprendre progressivement leur métier de coursier. La hiérarchie de la catégorie a le temps nécessaire de s’établir. Elle est à l’avantage des meilleurs chevaux.

M.Z. : Les problèmes rencontrés par les entraineurs dans l’exercice de leur tache ?
A.C. : En premier lieu la piste qui laisse à désirer. En surface il n’y a qu’une petite couche de sable et en galopant les chevaux appuient sur du dur. Les articulations et les tendons sont de ce fait très sollicités. C’est la raison pour laquelle on a beaucoup de problèmes articulaires et de casse. Nous sommes obligés d’aller travailler nos chevaux sur le bord de mer. Les entraineurs travaillent souvent dans des conditions difficiles. Ils manquent de moyens. Leur travail est passionnant mais particulièrement pénible et mal rétribué. C’est un métier très ingrat. Mais il est trop tard de changer de travail….


M.Z
Mustapha Ben Said :
« Doubler la mise ! »
Mustapha Ben Said est, comme on dit, « un vieux de la vieille » qui a roulé sa bosse dans l’hippodrome de Ksar Saïd, il a connu toutes les joies et toutes les déceptions mais garde intacte sa passion pour les chevaux.
Il porte plusieurs casquettes à la fois : éleveur, propriétaire, et entraineur, ce qui lui permet d’avoir une vue d’ensemble sur le présent et l’avenir des courses.
Ecoutons le..

1/ Q : Quel est votre diagnostic sur le secteur des courses ?
- R : Les dépenses des propriétaires et des éleveurs des pur sang, à travers la république, s’élève aux alentours de 5 millions de dinars, qui se repartissent entre l’alimentation du cheval, la location des box, le salaire des lads, les indemnités de l’entraineur, du vétérinaire, du maréchal ferrant , les frais du transport et j’en passe.. Or, les primes accordées en cas de victoire ne dépassent pas 3 millions de dinars dont on enlève 20 % pour les entraineurs et les jockeys. Soit, un déficit annuel de 2 millions de dinars, au passif des éleveurs et des propriétaires.

2/ Q : quel est le rôle de l’Association des Propriétaires et des Eleveurs, dont vous êtes membre actif, dans ce cas ?
- R : Nous essayons d’attirer l’attention de qui de droit sur la gravité de la situation qui aura des répercussions néfastes surtout sur la population majoritaire des propriétaires moyens qui ont vu le nombre de leur effectif rétrécir comme un peau de chagrin. Nous privilégions la voie du dialogue pour sensibiliser les décideurs à la justesse de notre cause.

3/ Q : et quelle solution préconisez-vous ?
- R : Doubler la mise des primes de victoires, par l’augmentation de la part qui nous revient du pari mutuel de 46 %, comme c’est le cas actuellement à 60 % pour éviter le recours aux fonds publics.

C .R
RÉSULTATS
KASSAR-SAID / Dimanche 24 juin 2012
           
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